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« Un spectre de compétences exceptionnel en Suisse »

Jean-Marc Piveteau est président de la SCNAT depuis juillet 2025. Mathématicien et ancien recteur de la Haute école des sciences appliquées de Zurich, il décrit dans cet entretien les défis auxquels sont confrontés l’Académie, la science et la société en général, ainsi que les solutions possibles pour y faire face.

Jean-Marc Piveteau
Jean-Marc Piveteau
Jean-Marc PiveteauImage : Andres Jordi
Image : Andres Jordi

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris en prenant la présidence de la SCNAT ?

Bien que j’aie déjà eu des contacts avec les académies dans mes fonctions précédentes, je n'ai pas toujours eu pleinement conscience de l'ampleur de l'action de la SCNAT. Et pourtant, c'est impressionnant! Avec environ 400 expertes et experts actifs dans près de 150 comités et l’engagement d’environ 30 000 personnes à travers les sociétés membres, la SCNAT rassemble un spectre de compétences exceptionnel en Suisse. Son organisation permet aux communautés scientifiques d’interagir au-delà des institutions et des disciplines, tandis que les sociétés cantonales jouent un rôle important dans le dialogue entre science et société. Prendre la présidence d’une telle institution représente une grande responsabilité, que j’assume avec enthousiasme.

Vos priorités immédiates ?

Parmi les nombreuses priorités, la préparation de la période FRI 2029-2032 est centrale. Ce processus déterminera en grande partie notre financement futur, mais il offre aussi l’occasion de réfléchir au contenu de nos activités et à la manière de renforcer notre flexibilité pour répondre aux défis scientifiques et sociétaux à venir.

Mobilisez-vous des expériences particulières dans cette fonction ?

Au-delà de l’expérience acquise comme recteur ou dans différentes instances scientifiques, la motivation principale est la passion pour la science et la volonté de promouvoir les sciences naturelles dans la société. Mon rôle consiste surtout à contribuer à créer les conditions-cadres permettant aux scientifiques de partager leur expertise : entre disciplines, mais aussi avec la société et les responsables politiques. Cette responsabilité est comparable à celle que j’assumais auparavant dans la gouvernance des hautes écoles.

Quelle est votre vision pour l’évolution de la SCNAT ?

La stratégie 2022-2028 reste pleinement actuelle. Deux aspects me paraissent particulièrement importants. D’abord, l’attitude : la SCNAT doit être non seulement « fit for purpose », c'est-à-dire apte à assumer son rôle, mais aussi « fit for future », c’est-à-dire capable d’anticiper les changements et de s’y adapter. Ensuite, notre mission qui consiste à fournir aux décideuses et décideurs des bases scientifiques solides pour faire facce à des enjeux sociétaux majeurs, comme la biodiversité ou le climat. Cela suppose un dialogue avec la politique et la société, ainsi que des prises de position fondées sur une expertise scientifique reconnue et interdisciplinaire.

Pourriez-vous citer les défis qui influencent votre stratégie ?

Le premier concerne la relation entre science et société. La confiance dans la science reste élevée en Suisse, mais une part non négligeable de la population exprime des doutes. Renforcer ce lien de confiance implique de prendre au sérieux les critiques et de développer le dialogue.
Le second défi concerne les conditions-cadres de la recherche. Le maintien d’un dialogue constructif avec les responsables politiques est essentiel pour garantir un environnement favorable à la science.

Quelle place pour l’interdisciplinarité et l’international ?

Ils sont indispensables. La SCNAT peut soutenir les sociétés scientifiques dans leur ancrage international et contribuer, avec les autres institutions du domaine FRI, à défendre les intérêts de la recherche suisse. L’interdisciplinarité se concrétise notamment dans l’élaboration de rapports ou de prises de position scientifiques qui mobilisent plusieurs domaines de compétence.

Quels projets ou partenariats souhaitez-vous encourager ?

Je souhaite soutenir les initiatives qui permettent à la SCNAT d’améliorer son fonctionnement et son impact. Deux exemples actuels me paraissent particulièrement prometteurs : la réflexion menée par la Plateforme Sciences et Politique sur ses prestations, et une initiative de science participative portée par la Plateforme Sciences naturelles et Régions. Par ailleurs, il existe un potentiel important pour renforcer la coopération avec les autres institutions membres des académies suisses (a+).

Comment la SCNAT peut-elle contribuer aux évolutions de la pratique scientifique : open science, durabilité, éthique ?

Ces transformations sont comparables à une tectonique des plaques : elles sont profondes mais progressives. La SCNAT peut jouer un rôle d’intermédiaire en soutenant les chercheuses et chercheurs, en encourageant les pratiques innovantes et en favorisant le partage d’expériences entre disciplines.

Comment renforcer la visibilité et la communication scientifique ?

La SCNAT dispose déjà d’une communication solide, mais deux pistes peuvent être développées : mieux anticiper les thèmes qui susciteront un intérêt public ou politique, et s’appuyer davantage sur les sociétés régionales et cantonales pour amplifier la diffusion des messages scientifiques.

Avez-vous identifié des priorités pour le fonctionnement interne ?

Une organisation qui veut rester agile doit constamment se remettre en question. Cela implique de prioriser et de réévaluer régulièrement les activités afin d’utiliser au mieux les ressources disponibles.

Quel message souhaitez-vous adresser à la communauté SCNAT ?

Ces premiers mois ont été particulièrement stimulants. J’ai été impressionné par l’engagement et l’enthousiasme des collaboratrices et collaborateurs ainsi que des nombreuses personnes impliquées dans les activités de la SCNAT. Je leur suis très reconnaissant pour l’accueil reçu et je suis convaincu qu’ensemble nous saurons relever les défis à venir.

Un mot plus personnel ?

Lors de mon départ à la retraite, on m’a offert un microscope stéréoscopique. Mon petit-fils, bientôt quatre ans, m’a récemment demandé à quoi il servait. Je lui ai promis qu’au retour de la belle saison nous l’utiliserions pour observer ensemble le monde vivant dans le jardin. J'aimerais lui transmettre ma passion pour l'observation scientifique. Voilà un beau projet pour l’année à venir.

Rina Wiedmer

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Prof. Dr. Jean-Marc Piveteau
SCNAT
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